Pratique et connaissance des tests

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La pratique des tests n'est pas une pratique en aveugle. Dans le domaine de la santé par exemple, elle s'inscrit dans une démarche clinique pour donner des éléments de réponse à des questions précises posées par le psychologue lui-même, par une institution, par un patient, etc. Le processus d'évaluation permet de faire une appréciation des forces, des faiblesses, et des particularité des comportements de l'individu tout en tenant compte du fait que les outils d'évaluation sont imparfaits.

En pratique, il faut savoir que certains manuels de test ne comportent pas toutes les données psychométriques utiles pour s'assurer de leurs qualités et il ne faut pas faire confiance aux auteurs des tests ou penser qu'un test vendu est forcément fiable. Parfois, les informations sont présentes mais il est facile de voir que celles-ci sont erronées ou fausses (même pour des tests édités par des maisons d'éditions connues). Une bonne connaissance des méthodes de construction des tests est donc nécessaire (afin de porter un regard critique sur les outils que l'on utilise).

Au niveau individuel, le psychologue doit limiter les erreurs dans l'interprétation et doit intégrer les données psychométriques. Aux États-Unis, le psychologue doit prouver les données et les qualités psychométriques des tests utilisés (ex : un psychologue a été condamné pour faute professionnelle car il s'était basé sur un test ayant de mauvaises qualités psychométriques pour diagnostiquer un retard mental chez un enfant qui a dû aller en institution psychiatrique).

Des connaissances théoriques en psychométrie sont donc un des éléments essentiels à une bonne pratique dans le respect du code de déontologie professionnelle, mais aussi et surtout, dans le respect des personnes qui font confiance aux psychologues.


Pour aller plus loin ...

Les biais de l'évaluation subjective

Spontanément nous réalisons au quotidien des évaluations de la taille d'un objet, de la température, du poids, mais aussi des évaluations concernant des caractéristiques comme les intérêts d'une personne, sa personnalité, ses compétences, etc. Toutes ces évaluations sont des évaluations subjectives.

Pour des données comme la taille, la température, nous savons que nos mesures subjectives sont entachées d'erreur et nous acceptons facilement de contrôler ou corriger ce jugement par un instrument de mesure objectif (mètre, thermomètre, etc.). Nous remplaçons même cette évaluation subjective par une évaluation "outillée" si la mesure revêt une importance professionnelle.

Qu'en est-il concernant l'évaluation subjective des processus psychologiques ?  L'évaluation des processus psychologiques est plus complexe que l'évaluation de la taille d'un objet et il est donc normal, la aussi de s'appuyer, lorsque l'on est un ou une professionnelle, sur des outils de mesures standardisés (test). En effet, en quoi et pourquoi l'évaluation des processus psychologiques serait plus simple que l'évaluation de caractéristiques comme la taille et le poids ? Avons-nous une meilleur connaissance et expertise dans le domaine psychologique ?

Les chercheurs ont bien entendu travaillés sur l'évaluation subjective. En résumé, on peut dire que pour les processus psychologiques, notre expertise supposée est souvent mise en défaut. Les recherches dans ce domaine ont conduit à décrire un certain nombre de biais, que tous psychologues devraient connaître :

    1. l'erreur fondamentale d'attribution. On a tendance à expliquer les comportements d'autrui par des causes internes (la personne) plus que par des causes externes (environnement).
    2. Le biais de confirmation. On a tendance à favoriser les informations qui vont dans le sens de nos attentes et de minimiser celles qui les infirment.
    3. Nous sommes sous l'influence de nos stéréotypes (croyances relatives associées à des groupes). De nombreuses études ont montré que nos réponses par exemple à des questions portant sur une personne sont dépendantes des stéréotypes que l'expérimentateur va activer dans la situation d'évaluation.
    4. L'effet de Halo. De façon générale, il s'agit d'une perception sélective d'informations allant dans le sens d'une première impression que l'on cherche à confirmer. L'évaluation d'une caractéristique (par exemple : souriant) à tendance à être extrapolé à d'autres caractéristiques (gentil, sympathique, présent, motivé, etc.).
    5. L'effet de contraste. Un jugement (une évaluation) est dépendant des jugements (évaluations) effectués auparavant. Par exemple, si on vient de voir une personne âgées présentant des difficultés cognitives majeures, on peut sous-estimer les difficultés cognitives de la personne suivante lorsque celles ci-sont moins marquées.
    6. Illusion des séries. Biais de raisonnement consistant percevoir à tort des coïncidences dans des données.
    7. etc.

Ces biais, confirmés dans de nombreuses études (Khaneman, 2012), montrent que les psychologues dans leur pratique professionnelle ne peuvent pas se limiter à une évaluation subjective et se doivent aussi d'utiliser des outils de mesure plus objectifs (cf. aussi à ce sujet les différents codes de déontologie).